Rita — Simple artisane du bonheur

Depuis quelques semaines, sur écran plus grandiose que celui d’IMAX’  se déroule un spectacle en 3D au grand bonheur de bien des Reg’Arts.  Cette palette de coloris, de teintes et de nuances fait l’envie de nombreux artistes peintres et, depuis le début des temps, inspire même les plus insensibles. Du haut de la montagne, la sensation de ce panorama et ses odeurs de froidure exhortent le vagabondage de l’esprit. L’automne se prête bien aux souvenirs. Vivifiée par une profonde et longue respiration, les paumes tournées vers l’horizon, ce réflexe magique m’entraîne vers d’anciens clichés. Je songe à ces jours passés en famille à Old Orchard au bord de la mer, à ces pique-niques à The Big Brome Fair, croquant de dégoulinants  épis de blé d’Inde, assise derrière la Falcon rouge, sans oublier les intrépides semaines de juillet en tente roulotte à Niagara Falls. Ces vacances de mon enfance, organisées par des parents constamment  préoccupés du bien-être de leurs filles, sillonnent mes pensées depuis la fin de la belle saison.

 

Rita, simple artisane du bonheur

 

Artisans de vie peu connus, ces mères et pères sont vraisemblablement des artistes dévoués qui ont donné le meilleur d’eux. Pas besoin d’avoir conquis mer et monde pour être artisan du bonheur. Rita, ma petite maman chérie, a réussi à peindre son tableau avec une gamme de couleurs mordantes dans la vie après 92 ans de retouches. Aujourd’hui, elle appréhende l’arrivée des arrivées et se débat à appliquer les derniers coups de pinceaux. Au moment d’écrire ces quelques lignes, la vitalité de Rita semble passer à autre chose. Durant toute sa vie, elle fut artisane et actrice détenant les rôles principaux sur plusieurs scènes à la fois. Ce fut d’ailleurs les aléas de nombreuses femmes de cette génération. Pour ne nommer que ces quelques scénarios, elles étaient tantôt entrepreneures, tantôt mères, épouses, infirmières, gardiennes, cuisinières, complices de jeux et de chansons pour endormir, elles savaient être tous ces personnages sans narration imposée ni metteur en scène.

Je me souviens particulièrement de matinées passées assise à ses côtés sur le banc de couture. Sans doute par amour, elle n’avait pas remarqué que je ne possédais aucun talent pour cet apprentissage. Maman était d’une patience d’ange et sans broncher, elle finissait par coudre les patrons de mes jupes fleuries granola power afin de terminer les devoirs pour le cours d’Arts Ménagers (LOL! ).  Me viennent aussi en mémoire les leçons de piano au couvent avec Sœur-Jeanne-de-France, ou encore les cantiques de Noël au jubé de l’église Ste-Thérèse.

De ses presque 5 pieds, (1,5 mètre) menue, délicate et toute en beauté, aussi fragile qu’une tasse de porcelaine, maman, simple artisane, a tellement donné. Fatiguée, elle médite presque jour et nuit. Son sourire quotidien s’est retourné vers l’intérieur, ses yeux bleus autrefois si étincelants restent ternes et cicatrisés même sous le soleil. Rita nous quitte peu à peu, elle s’en va doucement recréer quelque part toute la bonté de sa magnifique toile sur l’Art de vivre.