Émile Proulx-Cloutier — Des textes engagés dans une poésie à couper le souffle

Critique du spectacle de Émile Proulx-Cloutier

 

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Le public murmure encore lorsque entre en scène un des musiciens. Agile comme un dauphin dans la grande bleue, le violoncelliste glisse ses doigts sur les cordes tendues de son instrument. Puis, plus un mot, on écoute.

Le clapotis de la mer s’entend en sourdine. À son tour, Émile Proulx-Cloutier s’avance et tout doucement s’harmonise au piano avec le va-et-vient des vagues. Le son s’amplifie à vive allure. À peine le temps de prononcer trois mots de Petite valise que retentissent des applaudissements. D’entrée de jeu, l’artiste plaît à ses admirateurs en reprenant un succès de son album Marée haute.

Puis le rythme se jazze au son de la trompette et des percussions dans une tribune d’expression (slam) : Les murs et la mer. Le spectacle s’amarre sur ce vent de fraîcheur, dans lequel on respire un air de poésie engagée. C’est dans une salle comble, d’une capacité de 480 personnes, que nous avons vécu  cette expérience au Théâtre Granada de Sherbrooke, le samedi 13 octobre dernier.

 

Des paroles sur une musique à donner des frissons

Émile Proulx-Cloutier est accompagné de deux excellents musiciens : Benoit Rocheleau et Étienne Ratthé. Par moments, la complicité du trio est telle qu’on dirait qu’il n’y a qu’une personne sur scène. Un exemple marquant de cette symbiose s’exprime dans la chanson Maman, histoire de la triste réalité des Autochtones du Québec. Une adaptation de la chanson originale, Mommy, rendue célèbre par Pauline Julien. Maman, je t’aime tellement…c’est si touchant. La sensibilité du texte, l’écho du tam-tam atteignent directement le plexus solaire. L’auteur-compositeur-interprète possède ce talent d’écrire des textes et de les raconter en récits et en chansons en campant un univers d’une grande intensité. Voilà qui explique l’émotion ressentie dans la salle.

Même si, dans la première partie, le chanteur n’a pas beaucoup parlé à son auditoire, celui-ci reste accroché à Émile Proulx-Cloutier jusqu’à l’entracte. Le slam, Force Océane, constitue le morceau le plus saisissant de la soirée, car il nous rappelle le pouvoir des hommes, mis en évidence par le mouvement féministe des années 70 et dernièrement par le #moiaussi. Le propos fort nous fait grandement réfléchir, son contexte ne peut être plus actuel.

 

OUF! on respireEmile_Proulx_Cloutier_spectacle

À son retour sur scène, Émile Proulx-Cloutier allège son répertoire avec humour : enfin nous pouvons nous détendre. Il nous explique son problème, s’en moque, et c’est bien réussi.  «Les mots font de la trampoline [sic] dans ma tête», dit-il, en parlant des jeux de mots qui lui montent sans arrêt au cerveau à cause de la complexité de notre belle langue. Par la suite, il enchaîne avec la chanson Nancy t’as laissé sur mon cœur une trace de break. Autant certains de ses textes sont chargés de messages bouleversants, autant d’autres ne le sont pas. Ce paradoxe nous amène dans une autre dimension tout au long du spectacle. Celui d’un univers parallèle d’un grand poète et artiste, un gars à part aux mille talents. Un spectacle à revoir. On y retournerait pour simplement se laisser bercer par les paroles d’Émile Proulx-Cloutier et le son de la marée montante.