Aide à mourir: acte suicidaire ou planche de salut?

En juin 2016, le gouvernement du Canada adopte le projet de loi C-14 sur l’aide médicale à mourir. En principe, cette mesure salutaire supporterait vraisemblablement l’ensemble des conditions et des situations. Toutefois, nous croyons que cette proposition, trop rigide, fait abstraction de certains cas de souffrance.

Cette loi présente plusieurs mesures d’admissibilité, tout en prémunissant l’être vulnérable contre des incitations à s’éteindre. En fait, « le projet de loi donnerait aux patients mourants, souffrants insupportablement d’une grave maladie le choix d’un décès médicalement assisté ». Toutefois, qu’arrive-t-il aux personnes âgées atteintes de l’Alzheimer ou de démence? À l’évidence, leur perte de lucidité limite l’accès à cet ultime recours. Pourtant, une seule visite aux résidents des CHSLD ou des maisons de retraite illustre l’urgence de la situation. Là, se confirme immédiatement un besoin criant de soulagement. Aujourd’hui, en raison des nombreux critères d’admission, les patients et surtout leurs proches ont les mains liées. En effet, lors de la prise de décisions et la mise en œuvre du plan, le malade doit être pleinement conscient de ses actes. Sans quoi, une fois la confusion entamée, l’intervention d’aide se transforme en dépérissement. Une preuve flagrante du manque de compassion de la médecine.

Malheureusement, nous estimons que, lors du débat, l’opinion des proches aidants a été écartée. Qui remplacerait les aidants s’ils n’assumaient pas le fardeau d’assister un membre de leur famille? Pour avoir vécu ce passage douloureux avec ma mère, l’automne dernier, les soulagements par narcotique à coup de doses excessives sont préférés. « On injecte 50 microgrammes de Fentanyl BID chez des patients de 60 kilos, représentant le quadruple d’une dose normale. On croit soulager, mais rien ne le prouve, car, le patient demeure inconscient. »

Selon nous, cette procédure médicale brime la dignité des patients en fin de vie. En effet, au Québec, toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, et ce, même en état de folie. Alors, pourquoi ne pas considérer la mort comme un passage à vivre dans la douceur et dans la paix? D’ailleurs, Marie de Hennezel, psychologue en fin de vie, affirme que : « Mourir ainsi chez soi, sans souffrance et sans peur, entouré de nos proches, avec le sentiment de conserver sa dignité, est le vœu secret de la plupart d’entre nous. » Nous jugeons que l’essence même de la question ne réside pas dans un projet de loi rigide et factuel, mais bien du souci d’apaisement des personnes agonisantes. Chose peu banale à décortiquer.

Somme toute, nous considérons que le projet de loi concernant l’euthanasie devrait faire preuve de souplesse. Effectivement, les conditions d’admissibilité strictes ainsi que la censure de l’opinion des aidants naturels rendent le service problématique. Sans oublier, la négligence du système de santé envers la dignité du patient dans tout ce processus. Grâce au mandat d’inaptitude, non seulement le patient confierait à une personne dévouée ses avoirs, mais aussi la bienveillance de son mieux-être. Alors, pourquoi cette procédure ne s’appliquerait-elle pas au suicide assisté?